Le 4 décembre 2024, le CCF annonçait la suppression de 1 346 postes sur 3 285 salariés, soit le plus gros plan social de France en proportion d’effectifs dans le secteur bancaire depuis quinze ans. Face à une telle ampleur, les salariés concernés doivent connaître leurs droits, les recours disponibles et les enjeux de cet accord signé en juillet 2025.
Que s’est-il passé au CCF et pourquoi autant de salariés sont-ils concernés ?
Le 4 décembre 2024, la direction du CCF (Crédit Commercial de France, ex-HSBC France, rachetée en 2023 par le fonds d’investissement Cerberus via My Money Group) a annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi d’une ampleur sans précédent dans le secteur bancaire français.
Un plan social historique dans le secteur bancaire
Sur 3 285 salariés, la direction du CCF programme la suppression de 1 346 postes, soit plus d’un tiers des effectifs. En comptant les postes vacants, ce chiffre atteint 42 % des effectifs.
| Indicateur | Chiffre |
| Total salariés CCF | 3 285 |
| Suppressions de postes prévues | 1 346 |
| Part des effectifs visés | 42 % (postes vacants inclus) |
| Agences fermées d’ici fin 2026 | 72 sur 238 |
| Postes supprimés au siège / fonctions supports | 500 |
| Postes supprimés en agences | plus de 700 |
La DREETS a confirmé qu’il s’agit du plus gros plan social de France en proportion d’effectifs supprimés.
« C’est du jamais vu dans le secteur bancaire depuis quinze ans. »
Éric Poyet, délégué syndical FO CCF
Un accord PSE signé en juillet 2025 après six mois de négociations
Les syndicats CFTC et FO ont obtenu la préservation de 250 emplois par rapport aux 1 420 suppressions initialement prévues. Un accord PSE a été signé en juillet 2025, même si le CSE a rendu un avis consultatif défavorable sur la réorganisation. Les fermetures d’agences touchent majoritairement Paris, sur les 72 agences concernées parmi les 238 du réseau.

Quels droits les salariés du CCF ont-ils dans le cadre de ce licenciement ?
Face à un PSE de cette ampleur, les salariés du CCF disposent de droits précis en droit français du travail.
Reclassement interne : une obligation légale avant tout licenciement économique
La loi oblige l’employeur à rechercher des postes de reclassement interne avant tout licenciement économique. Dans ce cadre, la CFTC a travaillé au regroupement de catégories professionnelles pour élargir les possibilités de reclassement au sein du CCF. Tout salarié visé doit recevoir une offre écrite, précise et personnalisée.
Congé de reclassement externe : maintien partiel du salaire pendant la transition
Lorsque le reclassement interne échoue, les salariés bénéficient d’un congé de reclassement externe. Ce dispositif garantit le versement d’une allocation représentant au minimum 65 % du salaire brut antérieur. La CFTC a explicitement demandé son déploiement dans les négociations du PSE du CCF.
Les salariés touchent aussi des indemnités légales et conventionnelles de licenciement, calculées selon l’ancienneté et la convention collective bancaire, généralement plus favorable que le minimum légal.
Critères d’ordre des licenciements et controverse juridique
Les licenciements économiques obéissent à des critères d’ordre par catégorie professionnelle : ancienneté, charges de famille, difficultés de réinsertion. Or, selon FO, la direction du CCF aurait redessiné des postes pour cibler des salariés précis, contournant ces règles.
« Le CCF prévoit un rapport de 86 conseillers pour 14 fonctions support, inférieur aux standards des banques rentables qui affichent 75 pour 25. »
Carole Cebe, déléguée FO au CCF, février 2025
Les salariés peuvent contester le PSE devant la DREETS ou saisir le tribunal judiciaire pour faire valoir leurs droits.

Quelles alternatives au licenciement existaient, et quels recours restent-ils aux salariés ?
Face à l’ampleur du PSE du CCF, une question s’impose : d’autres voies étaient-elles envisageables avant d’en arriver à 1 346 suppressions de postes ?
Une rupture conventionnelle collective plutôt qu’un PSE massif
Teddy Deduit, délégué syndical CFTC au CCF, défend une position claire :
Une rupture conventionnelle collective, plus progressive, aurait pu être négociée. Le déploiement de l’IA par phases pilote, plutôt qu’un licenciement massif immédiat, aurait permis d’évaluer réellement les gains de productivité avant de supprimer des postes.
Teddy Deduit, délégué syndical CFTC au CCF
Le cabinet Technologia, mandaté dans le cadre du PSE, évalue que le CCF manquera de 90 à 100 salariés pour fonctionner correctement après les départs. Ce chiffre illustre le caractère précipité du plan.
Par ailleurs, lors de la vente du CCF par HSBC au fonds Cerberus en 2023, les syndicats avaient obtenu un engagement de maintien de l’emploi pendant 12 mois en 2024. Ce délai a été respecté de justesse avant l’annonce du plan le 4 décembre 2024.
Les recours encore disponibles pour les salariés
Plusieurs voies restent ouvertes en 2025 :
- La DREETS instruit la validation du PSE, attendue fin juillet 2025
- Les salariés peuvent contester les critères d’ordre des licenciements par catégorie professionnelle
- Un accompagnement syndical actif est assuré par la CFTC, FO, CFDT et CGT
Le CCF annonce par ailleurs une relance recentrée sur la clientèle de particuliers après le plan. Mais l’évaluation de Technologia sur le déficit de personnel laisse planer des doutes sérieux sur la pérennité de l’établissement dans cette configuration.

Licenciement au CCF : quelles perspectives pour les salariés et l’avenir de la banque ?
Au-delà des suppressions de postes actées par l’accord de juillet 2025, l’avenir du CCF soulève de nombreuses interrogations. La banque entend se recentrer sur la clientèle de particuliers, mais le cabinet Technologia estime qu’il manquera entre 90 et 100 collaborateurs pour assurer un fonctionnement correct. Les salariés restants devront composer avec une charge de travail accrue, tandis que ceux qui quittent l’établissement bénéficieront des dispositifs de reclassement négociés. Le suivi par la DREETS et l’accompagnement syndical demeureront des garde-fous pour s’assurer que les engagements pris sont respectés. La montée en puissance de l’intelligence artificielle dans le secteur bancaire laisse également présager d’autres transformations à venir, rendant plus que jamais nécessaire une vigilance collective sur les conditions de travail et la pérennité des emplois dans les établissements financiers.
